The Grand Budapest Hotel

Wes Anderson, c’est un peu le mec agaçant qui a une filmographie sans failles. Sa maîtrise hors norme de la mise en scène, du cadrage, son sens de l’humour très britannique, sa poésie… Plus d’un réalisateur doivent l’envier. Avec Grand Budapest Hotel, Anderson ne déroge pas à son style et, n’en déplaise à ceux qui n’adhèrent pas, fait du « pur Anderson ».

Synopsis : Pendant l’entre-deux guerres, Mr Gustave, légendaire concierge d’un grand hôtel et son jeune protégé se retrouvent impliqués dans une histoire mêlant le vol d’un tableau de la Renaissance, la bataille pour une énorme fortune familiale, et le bouleversement qui transforme l’Europe en cette première moitié de XXème siècle…

The Grand Budapest HotelConnu pour créer des univers très légèrement parallèles et surréalistes où sa tendre loufoquerie peut s’exprimer, Anderson nous crée ici un pays d’Europe de l’Est fictif, la République de Zubrowka, métaphore de la Pologne d’avant guerre. Une licence poétique qui s’accorde avec la mise en scène encore plus théâtrale qu’à son habitude, puisqu’il utilise carrément des décors miniatures en cartons dans lesquels s’incrustent à merveille les acteurs. A mi-chemin entre théâtre et cinéma, d’emblée on est coupé esthétiquement de la réalité tout en restant dedans grâce au cadre historique. Aux franges du réel, avec des miliciens « ZZ » en guise de « SS », Anderson nous emmène dans son monde. Un monde décalé, où il est du coup plus facile de parler d’un sujet grave avec le sourire. A la base, parler d’un gérant d’hôtel gérontophile menacé de mort de toute part n’est pas vraiment à se tenir les côtes de rire. En effet, s’il n’a jamais été aussi théâtral, c’est parce qu’il n’a jamais été aussi grave non plus (la surenchère de mise en scène étant évidemment là pour atténuer la noirceur du fond). Anderson fait ainsi naître au milieu de ce drame un vaudeville à l’humour noir et des scènes à la loufoquerie inattendues. A plus d’une reprise on a l’impression de regarder un Tex Avery (mention spéciale à la poursuite en luge jubilatoirement cartoonesque), ou un bon vieil épisode du « Flying circus » des Monty Python: le non sens est total.

The Grand Budapest Hotel

Un peu à la manière de Roberto Benigni dans La vie est belle, Anderson rend le combat pour la survie de Mr Gustave et Mustapha Zero aussi hilarant que grave. Fidèle à lui même dans ses thèmes et sa mise en scène, Anderson est aussi fidèle à son goût pour les galeries de personnages atypiques. Et quelle galerie ! L’affiche donne l’impression que l’homme a braqué Hollywood, tant on compte de célébrités dans ce film. Les fidèles sont évidemment toujours là (Norton, Keitel, Murray, Brody) et il faudrait une chronique de deux pages pour ne serait-ce que commencer à exprimer l’excellence du moindre rôle, premier ou second, dans ce film (MAIS JEFF GOLDBLUM QUOI !). Anderson a une tendresse évidente pour ses acteurs et leur écrit des merveilles de textes avec lesquels ils se régalent. Comment voulez-vous, en tant que spectateur, ne pas vous régaler à votre tour ? Inutile de dire que Fiennes est parfait de stoïcisme anglais et hilarant face au dément et rarement aussi bon Willem Dafoe (c’est dire). L’art des films de Wes Anderson est d’arriver à dire des choses matures d’une façon enfantine. Il nous accueille une fois de plus dans son petit théâtre de la vie, avec sa troupe d’acteurs géniaux. Grand Budapest Hotel, entre humour noir et loufoquerie, tendresse et gravité, est une perle nostalgique délicieusement barrée. Du pur Anderson on vous a dit.

Pr Wicked, des Chroniques du canapé intergalactique

 

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, avec Ralph Fiennes, F. Murray Abraham, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Adrien Brody, Harvey Keitel, Jude Law, Bill Murray…

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