Morts sans sépultureLycéenne et bouleversée par la lecture des Mouches de Sartre, je me suis dit que j’allais lire toute son œuvre à commencer par ses pièces de théâtre (j’étais à l’époque une théâtreuse avec l’ambition de devenir Comédienne avec un grand C). J’ai donc sauté sur Morts sans sépulture pour le dévorer en peu de temps. Enfin je croyais, par ce que finalement j’ai du m’arrêter au milieu de la pièce en me disant que ce Sartre était vraiment inégal (j’avais vécu la même expérience avec les Mots dont j’avais adoré la première partie et haïs la seconde). Là s’est terminé ma passion pour le bonhomme. J’étais persuadée que jamais je ne recroiserai cette pièce sur mon chemin. Jusqu’au jour où j’ai reçu une invitation pour un événement sur facebook : La Compagnie de l’Ombre présente Morts sans sépulture.

Je me retrouve donc face au théâtre de Ménilmontant qui présentait la pièce pour 5 représentations. On entre dans la salle et la troupe est déjà sur scène. Deux camps : les assis, habillés façons années 1940 qui chantonnent une très jolie chanson qui se révèlera ultra entêtante et les debouts, de noirs vêtus l’air austère (c’est un euphémisme). Les deux camps sont clairs : on a les « gentils » assis et les « méchants » debouts. Quoique…

Morts sans sépulture
La trame de Mort sans sépulture est simple : Durant la seconde guerre mondiale, cinq résistants sont arrêtés et attendent enfermés dans la même salle d’être interrogés. Un hui-clos complet où chacun se retrouve face à  lui-même et où les personnages vont devoir se confronter.
Morts sans sépulture
La troupe est jeune. Créée pour l’occasion, mais en âge aussi. Pourtant ça ne gêne absolument pas leur crédibilité. Les personnages ont tous les âges et aucun âge en même temps. C’est d’ailleurs le message qui passe dans la mise en scène : l’histoire bien qu’à l’origine située durant l’occupation est en réalité intemporelle et universelle. Les contraintes de la troupe (trois filles alors que la pièce ne comporte qu’un rôle féminin) ont obligé à modifier deux personnages en les féminisant. Cela ne pose aucun problème, au contraire. Les personnages concernés ont d’autant plus d’épaisseur en étant joués par des filles. Si les comédiens m’ont paru un peu stressés au début, cela s’est rapidement apaisé, chacun laissant totalement place à son personnage. J’ai été totalement emportée. Je n’étais plus au théâtre. J’étais dans cette putain de salle, enfermée avec eux. Et je peux vous le dire, c’est épuisant.

Parce que cette histoire est une des plus glaciales qu’il m’ait été données de voir. Parce que dans une telle situation, la peur, la folie nous emporte, si bien que chacun devient quelqu’un qui lui est complètement inconnu. Quelqu’un d’horrible, pouvant montrer le pire de lui-même.

C’est une pièce dure qui comporte notamment des scènes de torture très justement dosées. On comprend la douleur, la pression sans pour autant que cela ne vire au grand-guignol, ce qui aurait cassé complètement la gravité du propos.

On peut peut-être regretter que l’évolution des personnages coté « bourreaux » ne soit pas autant travaillée que celle des résistants (et pourtant les comédiens sont tout aussi bons) mais il s’agissait des cinq premières représentations (j’ai assisté à la deuxième) ce qui laisse de l’espoir pour la suite, la pièce étant à nouveau programmée au théâtre de Ménilmontant. Des débuts très prometteurs !

Morts sans Sépulture par la Compagnie de L’ombre, Théâtre de Ménilmontant du 26 au 29 janvier. Renseignements : www.menilmontant.info