Je ne suis pas une grande fan du groom rouge. J’ai lu un certain nombre de ses albums étant plus jeune, mais le côté lisse du personnage ne m’a jamais permis de vraiment m’attacher à lui. Il faut dire que ce ne sont pas les tomes de Franquin que j’avais sous la main, mais ceux de Tome et Janry et pas ceux de leur meilleure période. Aussi, au fil des ans, j’ai abandonné Spirou et Fantasio à leurs aventures trop proprettes pour moi./p

Et puis au détour d’un passage à ma bibliothèque préférée, plus de deux ans après sa sortie, je suis tombée sur un hors série dessiné par Emile Bravo.

couverture Spirou le journal d'un ingénu

Emile Bravo c’est le papa de Jules, jeune ado qui lui aussi vit des aventures extraordinaires racontées avec beaucoup d’humour et de finesse. Aussi je me suis dit que ça ne me ferait pas mal de redonner une chance au rouquin. Et bien m’en a pris.

L’histoire se situe alors que Spirou est encore un jeune groom au Moustic Hotel à Bruxelles. Orphelin, il joue les grands frères pour les gamins du quartier guidé par l’éthique de son héros, belge comme lui : Tintin. Mais, on est en 1939 et l’histoire va rattraper Spirou et aidée par ses premiers frissons amoureux, le pousser à devenir le journaliste aventurier que l’on connait.

Le style d’Emile Bravo est très reconnaissable avec un côté rétro qui n’est pourtant pas désagréable et qui aide à situer l’histoire. Les couleurs sont joliment passées et le trait loin de la caricature.

cases Spirou le journal d'un ingénu

Mais ce qui fait la force de l’album c’est l’humour et le second degré qui jalonnent chacune des pages. Certaines cases m’ont même arrachées quelques rires, ce que je n’aurai jamais pu imaginer. Spirou est vraiment innocent voire maladroit. Il devient enfin attachant. Son ingénuité est l’occasion de gags dans la lignée d’OSS 117. Néanmoins, contrairement à ce dernier il est guidé par son cœur et veut s’ouvrir au monde.

La rencontre avec Fantasio est particulièrement drôle et permet de voir que lui aussi a beaucoup évolué. Quant à Spip, on sait pourquoi il peut penser. Ce dernier personnage donne d’ailleurs à mon avis une des plus belles réussites de l’album.

case Spirou le journal d'un ingénu

Les autres personnages secondaires sont souvent l’occasion de donner à Spirou une profondeur politique et d’ouverture. On entendra ainsi parler d’intolérance, racisme homophobie, parfois juste au détour d’une phrase mais permettant ainsi d’ancrer l’album dans son contexte historique et de rappeler les valeurs du groom par la même occasion.

Bref, un album à mettre dans les mains de tous, petits et grands même tardivement.

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