LooperCelui-là je l’attendais depuis cet été. Il est rare que je regarde les bandes-annonces mais là, le sujet était trop fort pour passer à côté. Le voyage dans le temps c’est la tarte à la crème de la SF mais ça ne mange jamais de pain d’y revenir. Et ce par l’intermédiaire d’un jeune réalisateur, Rian Johnson, dont on entendra sûrement parler par la suite. Avec comme bain culturel Terminator, L’armée des douze singes et consorts, on pouvait se demander si cela n’allait pas tourner à l’hommage un peu pataud. Que nenni ! Et voilà la gentille petite claque que je me suis prise le week-end dernier.

2044, on n’a pas encore inventer le voyage dans le temps. Par contre, les mafias de 2074 s’en servent à plein régime pour faire abattre et disparaître des corps, elles. Rien de plus simple, ils expédient leurs prisonniers en 2044. En charge de la mission, les loopers, tueurs à gage sans vergogne qui engrangent les lingots d’argent, avant de se faire une place au soleil. Leur fin de carrière est un peu spéciale : « on » leur expédie eux-même « vieux »pour s’abattre. La boucle est bouclée… Jo, jeune looper sans états d’âme va se confronter à lui-même vieux, qui n’a nullement l’intention de se laisser faire…

Looper
Foutu métier…

Ca va ? Tout le monde a suivi ? Désolée d’avance pour le manque de clarté de mes propos aujourd’hui, car l’une des qualités (ou des défauts, à vous de voir ;)) est les nœuds au cerveau qu’on se fait tout au long. Mon but n’est d’ailleurs pas de vous donner les clés car cela risquerait de gâcher les surprises et pour ce film de SF c’est juste impensable…par contre je peux vous parler de tout ce qui m’a embarqué dans le scénario, la mise en scène et les personnages.

Looper
Mimétisme impressionnant…

Commençons par nos deux têtes d’affiches. Bien que ce soit un film d’une petite boîte de prod, il y a du lourd pour séduire un large public : Joseph Gordon Levitt (qu’on a déjà adoré dans The Dark Knight Rises) et Bruce Willis, en pleine forme. Gros bras mais aussi émouvant à souhait, il a vraiment la carrure pour endosser le rôle de Jo vieux. Quant au travail de Joseph sur Jo jeune, c’est bluffant. Le maquillage aide à retrouver les traits de Willis, mais c’est surtout sa prestation qui laisse pantois : regard en coin, petit sourire, retenu, il pourrait être son fils sans aucun souci. Et tous les seconds rôles sont de cet acabit, Emily Blunt en tête, forte et douce à la fois.

Looper
Douce…enfin pas tout le temps…

Puis le déroulé du scénario est aussi un atout. Pas de linéarité, les boucles et leurs fins possibles sont toutes plus ou moins esquissées. Je vous donne un lien vers le site Les toiles héroïques . Faîtes-moi une promesse, ne le regardez pas avant d’aller à votre séance. Puis, quand vous sortez de la salle, posez-vous avec les gens qui vous ont accompagnés dans un café, sur votre canap’, avec café, bière ou autres et débattez un petit moment. A la fin, régalez-vous à confronter vos points de vue avec ce lien. Laissez mijoter encore un peu et vous vivrez encore pleinement ce film et ces interprétations possibles sur quelques jours. On fait bosser le cerveau et c’est 100% plaisir.

L’univers du film a aussi été très bien pensé : la société évoquée reste proche de nous pour totalement nous immerger dans l’histoire, avec juste ce qu’il faut d’éléments que nous ne connaissons pas : tromblons, motos qui volent, appareils de communications encore plus évolués. Alliés à des codes de films d’action avec tortures raffinées, c’est pas tendres…

Looper

Vous ajoutez à ça des trouvailles du scénario absolument génial de l’utilisation d’un personnage de 2074 projeté en 2044 pour faire réagir le même personnage jeune : glaçant et efficace. Et puis j’ai eu l’impression de voir deux films : une première partie très axée sur le voyage dans le temps et son utilisation négative, puis quand Jo « vieux » réussi à prendre le dessus sur lui-même jeune, on bascule dans une traque effrénée aux conséquences incroyables sur le futur…Quant à la fin, ça sera à vous de juger de son côté Happy-end or not. Petit bémol, qui ne vient pas de moi, mais de la personne qui m’a accompagnée : trop d’interprétations possibles et trop de flous dans les pistes lancées par le réalisateur : liens paternels, la maîtrise du temps, les effets papillons…. On a adoré tous les deux, ne vous méprenez pas !

Il n’empêche que lui comme moi en avons longtemps discuté le soir même, le lendemain et même encore maintenant, à l’heure où j’écris ces lignes…d’ailleurs je vous laisse, le temps passe et nous n’en avons pas encore fini !

Et pour d’autres détails n’hésitez pas à lire l’article du professeur Wicked (les chroniques du canapé intergalactique) et son interview du réalisateur, très éclairant aussi…

 

Looper, de Rian Johnson, avec Bruce Willis, Joseph Gordon Levitt, Emily Blunt… Sortie en salle le 31 octobre 2012.