Jackson, ville du Mississipi, l’été 1962… Le cadre est posé, la chaleur écrasante, la ville vivant au rythme asthmatique des traditions du Sud. Baby-boom oblige, la jeune société bourgeoise a repris le flambeau et n’entend rien changer de ses habitudes envers « les gens de couleurs ». The help (les bonnes) sont noires et déconsidérées, les loisla couleur des sentiments the help affiche encouragent la ségrégation, rien de nouveau sous le soleil…Skeeter, jeune femme nantie, considérée comme vieille fille (23 ans, pas de mari, pas d’enfant, pas la langue dans sa poche…Quelle ratée dis-donc;)), va mettre un coup de pied dans la fourmilière, en entendant bien écrire un livre sur les vies de ces domestiques. Le plus dur, convaincre des employées de parler. Les lois de l’Etat, et surtout les agissements du Ku-Klux-Klan n’incitent pas à la confidence…

Aperçu de l’Amérique des années 60

C’est l’avant-première d’un film annoncé comme la bonne surprise de l’automne : retour sur l’Amérique des 60’s, rappelant qu’il y a encore peu la ségrégation était admise (même si de nos jours, je ne me fais guère d’illusions…). J’y vais, prête à suivre le combat de ces femmes. C’est une adaptation d’un premier roman. Celui de Kathryn Stockett, jeune romancière, née en 1969 à Jackson justement, et élevée par une nourrice noire. Ce roman, paru en septembre 2010, s’est rapidement fait remarquer par les studios de ciné, et c’est DreamWorks Picture qui remporte la mise (et la Walt Disney Company qui distribue via le label Touchstone). Cela pose tout de suite une conséquence : le propos dénonce, mais ne sera pas incisif comme on l’aurait souhaité. La part de bons sentiments est assez importante et il y a, par moment, une platitude du propos, tirant plus du côté de Corrina, Corrina (avec Whoopi Goldberg, 1994), que de Malcom X (de Spike Lee, avec Denzel Washington, 1993). Bon, en même temps, « bons sentiments » ne veut pas dire absence de scénario, je vous rassure tout de suite. Il faut juste avoir envie de voir un film de facture classique, chronique du quotidien, avec les gentils qui arrivent à se faire entendre à la fin. Peu importe d’ailleurs, le plus intéressant reste la manière dont l’histoire se bâtit et comment ce combat se mène. Pas de rébellions fortes, pas de manifestations, ni de flambées de violence. Comme souvent, quand les femmes s’en mêlent, c’est plus subtil, plus entêté, plus silencieux, mais plus implacable.

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Skeeter (Emma Stone), Minny (Octavia Spencer), Aibeleen (Viola Davis)… L’union sacrée, attention ca va ch***!

La couleur des sentiments: un monde de femmes

Je ne vous dévoile rien si je vous dis que le rapport noir/blanc est au cœur de ce film. Avec des nuances d’ailleurs : tous les blancs ne sont pas des pourris, certains le sont par tradition et facilité, d’autres par conviction. Et puis, il y a cette jeune femme qui, d’un coup, ne peut plus supporter ces rapports à ces bonnes, si humaines. Skeeter, qui comme toutes les jeunes femmes de son rang, a eu pour véritable mère une nounou noire, personne qui représente tout pour elle. S’ajoute à ça, le regard qu’elle porte à ses « amies » devenues adultes, mariées jeunes, mamans sans le vouloir, endossant le rôle de patronnes odieuses, alors qu’elles doivent tant à ces femmes de l’ombre. La boucle est bouclée, leurs enfants sont délaissés à leur tour, ne trouvant amour, réconfort et éducation qu’auprès de ces femmes dévouées. Si celles-ci méprisent leurs employeurs, elles sont des perles avec les bambins. Les situations filmées pourraient paraître caricaturales, mais je reste convaincue que oui, des femmes ont poussé le vice à faire construire des toilettes sommaires à part de leur maison, pour que leurs domestiques de couleur ne leur transmettent pas de maladies… Oui, certaines les renvoyaient facilement en les accusant faussement de vol. Et oui, leurs maris s’en lavaient les mains, trop contents qu’elles se concentrent sur la gestion de leur image, de leur maison et du personnel pour ne pas se rebeller de leur sort de « femme de », sans amour, ni liberté…La quasi absence d’hommes à l’écran relate très justement cette absence dans la vie. Ils avaient bien mieux à faire que de s’occuper intendance et marmaille.

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Aibeleen au centre des conversations odieuses de ces dames. Mauvaise idée!

Et c’est là que ce film glisse vers un deuxième propos. Tout simplement la déconsidération des femmes. « Desparate Housewife », ce n’est pas nouveau comme job !

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Desperate housewife….

On nage en plein dedans tout le film. Le propos en est même un peu lourdingue. Tout est dit, à la limite de l’exagération. Tu te maries jeune, tu ponds, tu participes à la Ligue des Femmes, aux « Charities » et surtout, tu te tais. La communauté ne te laisse pas le choix. Dans le cas contraire, tu es ratée, sûrement moche et mise au ban de ta caste. Alors, bien sûr, Skeeter est là pour faire voler ce beau portrait en éclat. Là où c’est intelligent, c’est qu’il ne s’agit pas d’une grande gueule qui sait qu’elle va y arriver. Elle est pleine de doutes, blessée par le regard des autres au final, et même si elle avance toujours selon ses convictions, elle sait qu’elle peut tout perdre et ne rester que le vilain petit canard de son trou perdu. D’ailleurs, elle n’est pas contre construire sa vie et un foyer. Seulement, elle ne veut pas faire un mariage dans lequel elle devrait cesser d’être quelqu’un à part entière. Alors, bien sûr les choses ont changé de nos jours, dans nos vies de femmes…Mais jusqu’à quel point ? Ma petite tête n’est pas convaincue que tout soit gagné, même actuellement. Les schémas restent, les attentes des familles et de la société en général aussi, et quand on ne rentre pas dans le moule, malgré nos envies, les jugements sont là…A méditer.

Des couleurs en veux-tu, en voilà. Les décors font revivre à plein le Sud des 60’s. Mais les couleurs se situent surtout, comme le titre français le rappelle, sur les sentiments. J’en ai vécu pas mal : rire, émotion, colère…C’est basique, mais ça fonctionne. J’avoue que la première partie du film m’a bercé, mais rien de transcendant. Pas un dialogue qui dépasse, pas une originalité. Et d’un coup, je me suis laissé prendre par l’histoire. Et cela vient notamment de deux personnages : Minny Jackson (Octavia Spencer), bonne au caractère bien trempé, qui s’emporte autant qu’elle a un cœur énorme ; et Celia Foote (Jessica Chastain), plouc de base, rentrant, de par son mariage avec un notable du coin, dans le cercle de ses femmes aussi bien nées, qu’inintéressantes. Cette Celia a une joie de vivre et une simplicité rafraîchissantes. Et son personnage avec un petit grain de folie, se faisant fi des convenances, est un bonheur. Rejetée par « ses pairs », elle passe la barrière des usages. Mise à l’index, elle n’a rien à perdre et se lie d’amitié avec Minny. Puis, l’humour tournant autour d’une fameuse tarte vous fera sûrement plaisir. Mais, je n’en dévoile pas plus.

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Celia Foote (Jessica Chastain): la plastique de Marilyn, le grain de folie et la fraîcheur de Julia Roberts dans “Pretty Woman”

Beaucoup de personnages, casting imposant, on s’y perd un peu… Mais pas tant que ça, car physiquement, chacune a son look capillaire et vestimentaire bien défini. C’est un véritable défilé de mode de l’époque. Alors, à l’affiche, Emma Stone en Skeeter, Viola Davis en Aibeleen Clark et Bryce Dallas Howard (fille de Ron Howard), Hilly Holbrook dans l’histoire, sortent du lot. Vous adorerez détester cette Hilly, serez touché par le regard profond d’Aibileen et suivrez pas à pas Skeeter dans ses investigations.

Au final, je ressors de la salle contente de l’avoir vu, bien consciente qu’il ne s’agit pas du film du siècle sur la cause des Noirs. Ça n’a pas la tenue de « La couleur pourpre » (1985), ni de « Miss Daisy et son chauffeur » (1989). Mais, vous en entendrez parler à coup sûr, et il mérite qu’on s’y arrête.

La couleur des sentiments, réalisé par Tate Taylor, avec Emma Stone, Viola Davis, Octavia Spencer, Jessica Chastain, Bryce Dallas Howard… Sortie DVD/Blu-Ray: 29 février 2012

 

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