couverture Tuer le père Amélie Nothomb

Je l’attends tous les ans, pour ma rentrée, rêvant de le dévorer un aprem d’été indien, allongée dans l’herbe. Pour cette année, raté ! C’était une nuit d’insomnie, mais au final ça ne change pas grand-chose. J’aime inconditionnellement les « Nothomb » depuis 2002, quand, prenant des livres au hasard à la bibliothèque, je me retrouve avec avec Robert des noms propres  entre les mains. Le choc ! Elle aborde des sujets qui me sont si proches, et avec efficacité, réalisme et folie (presque) douce: la précocité intellectuelle et l’anorexie. Présenté ainsi, on pourrait se croire dans l’émission sociétale « Strip Tease », déprimant à souhait, mais il n’en est rien… Je crois que j’ai atteints ma « majorité littéraire » avec elle. .Amélie Nothomb
Depuis, j’ai quasiment tout lu, parfaitement consciente que le style est très proche à chaque fois, les thèmes souvent redondants. Mais là où cela me poserait un problème avec pas mal d’auteurs, avec Amélie, ça glisse en moi, réjouissant mon imaginaire. C’est attendu, c’est exactement ce que je veux et pourtant elle me surprend à chaque fois : elle m’embarque avec une facilité déconcertante. Tout dans ses propos me parle et il n’y a que dans ses écrits que je m’identifie autant, quant à mon questionnement personnel : l’enfance, les rapports à la nourriture, les excès, le rapport au corps, à l’amour et au sexe, la construction d’une vie, la folie… Ce n’est pas possible, elle sonde mon âme avant chaque publication ! 😉 Pourtant, je n’ai que peu d’intérêt pour son personnage public et ne guette pas la moindre interview. Je me suis bêtement arrêtée à l’image assez sombre, narcisssique et un peu barrée (mais qui fait peur) qu’elle me renvoit. Son visage impresionnant et implaccable sur presque toutes ses couvertures a posé d’emblée cette barrière dans ma petite tête. Fausses impressions? Un jour, j’irai percé le mystère « Amélie ». Après, elle semble accorder à ses lecteurs une place de choix et être très attentionnée envers eux, ce qu’elle reprend très bien, mais de manière détournée, dans  Une forme de vie  (2010).

Alors qu’en est-il de ce cru 2011 ? Tuer le père, un nouveau regard sur les rapports familiaux et sa construction d’adulte, au détriment de ses parents.

Reno à la fin des 90’s : Joe Whip, 14 ans, se fait mettre à la porte par sa mère et se retrouve à faire des tours de cartes dans les bars de la ville. Très doué, on lui conseille de se trouver un maître d’apprentissage de la magie en la personne de Norman Terence, alors au sommet de son art. Celui-ci accepte et l’accueille sous son toit avec sa compagne, Christina… Le long apprentissage d’un art subtil et de la vie commence. Une famille se créée…

Comme dit plus haut, on nage en plein dans le mythe œdipien. Et pourtant c’est encore une autre variation qu’elle nous offre. Et la fin tort le coup aux philosophes d’antan, pour proposer un dénouement en phase avec les influences de la société actuelle, et surtout qui donne le point de vue du père et non de l’enfant. Au-delà de ça, c’est aussi un livre qui reprend certains codes d’un cinéma « de bonhommes un peu truands mais pas méchants» à la manière d’un « Ocean’s eleven » ou bien de « L’arnaqueur » (1961, avec Paul Newman). Amélie mêle avec brio la dimension psychologique des personnages, notamment le jeune Joe, aux prises avec ses réflexions d’ado ivre d’absolu vis-à-vis de l’amour, et une trame qui se poursuit sur 10/15 ans et qui tombe dans le fait divers Las Vegassien. A la réflexion, ce mélange des genres n’est peut-être pas si absurde que ça. Au final, la plus grande arnaque de la vie ne serait-elle pas de devenir parent ?

Et pour ne pas se départir de son habitude de nous entraîner dans des univers de rêveries, de fantasmagories et de folies douces, le festival de Burning Man, qui a lieu tous les ans dans le désert de Black Rock au Nevada, est mis à l’honneur. C’est un festival artistique, tribal, haut en couleurs et en utilisation de substances illégales : musique, fire dancers, expériences proches du paranormal sont au programme.

Une ville entière naît du sable…

Quoi de mieux pour encadrer les rites de passage d’un adolescent en mal d’identité au statut d’homme! A moins que cela ne fasse aussi partie du plan… Une fois de plus, Amélie Nothomb, nous fait parcourir le globe pour bonifier son récit par des lieux propres à servir ses personnages et leur cheminement. Autant qu’elle brouille les pistes jusqu’à l’épilogue…

A lire en écoutant le grand Elvis, un pur moment d’oubli et de fun !

Et pour se plonger pleinement dans l’univers « Amélie Nothomb », mes prefs 😀 :
Stupeur et Tremblements (1999): Son retour à l’âge adulte au Japon et son entrée dans le monde du travail
Antechrista (2003): Les relations et les troubles de l’adolescence à travers deux jeunes filles fusionnelles
Acide Sulfurique (2005): Télé-réalité et camp de concentration, même les USA n’y avaient pas pensé!
Le fait du Prince (2008): Usurpation d’identité et séquestration volontaire chez une riche et belle inconnue…
 Le voyage d’Hiver (2009): La suite des pérégrinations d’Amélie toute jeunette au Japon

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